"La France aussi bien renseignée que ses voisins", Les Echos, mardi 2 octobre 2001. Par Eric Delon.
Pour une fois, non, la France n'est pas « en retard »: le renseignement économique national fait même plutôt bonne figure. Dans certains colloques américains, la France est régulièrement citée en exemple pour son efficacité en la matière ... Si la sensibilisation du monde économique s'est effectuée peut-être plus lentement qu'ailleurs, le retard initial semble bien rattrapé. » Chez nos voisins européens, où en est-on ? Les Britanniques semblent les plus avancés dans ce domaine, « ce qui s'explique par la hantise de voir émerger une puissance continentale hostile, explique Yves-Michel Marti, président d'Egideria, société de veille économique et concurrentielle. Les réseaux de la Lloyds, par exemple, sont connus pour leur efficacité. L'intelligence économique est vécue sur un mode singulièrement offensif ». Il y a cinq ans, British Airways avait ainsi piraté le fichier clients de Virgin Atlantic et n'avait pas hésité à aller démarcher les passagers Virgin à l'intérieur même des aéroports, leur proposant d'embarquer plus tôt ou moins cher sur un vol British Airways. En Allemagne, si la culture du renseignement semble moins développée, il existe toutefois un profond sentiment collectif de patriotisme économique, associant partenaires sociaux, expatriés, pouvoir fédéral, Länder et grands groupes industriels. « On constate une collecte systématique du renseignement commercial et une mutualisation de l'information », précise un consultant. En Suède, l'intelligence s'est toujours vécue sur un mode communautaire, avec comme modèle la dynastie Wallenberg, qui a fondé une grande partie de son empire sur le renseignement. « Les Suédois ont été les premiers à créer une chaire sur le sujet en Europe, à Lund en 1974, note Yves-Michel Marti. Et 80 % de l'industrie suédoise bénéficient du renseignement militaire. ».